Une intensité découverte très jeune dans les voyages et les espaces de fête libre : la puissance du son, la communion entre les gens, la sensation d'appartenir à quelque chose de plus grand, le plaisir physique de danser, la joie collective. Bien avant que la danse libre ne devienne ce fil rouge, le corps était déjà pour moi un lieu d'écoute, exploré à travers les pratiques somatiques et la conscience corporelle.
Puis les chemins se sont multipliés : arts visuels et arts du spectacle, scénographie, artisanat, agriculture, cuisine, nature… Une diversité qui a fait de moi une exploratrice de l'existence, une équilibriste du vivant. En dansant, j'ai fini par retrouver un fil entre l'enfant qui bougeait sans y penser, l'adolescente des fêtes libres et des voyages, et la femme qui aujourd'hui crée des espaces pour que d'autres puissent, à leur tour, explorer ce qui les anime. Mon parcours artistique continue de nourrir ma manière de penser chaque atelier : comme une expérience à traverser, avec sa dramaturgie, ses matières, ses rythmes et ses espaces.
Le corps comme terrain de jeu, la fête comme espace de liberté, le collectif comme moteur.
Je suis de celles qui font des sons bizarres, grimacent et n'ont pas peur du ridicule — parce que c'est là que commence le jeu. J'aime ces endroits où l'on cesse de vouloir être beau, juste ou convenable — et où quelque chose de beaucoup plus libre peut apparaître. J'aime l'intensité, la joie franche, les états de transe naturels, et cette conviction tenace que réveiller le vivant en soi, c'est déjà résister.
Quelques graines semées en amont…
Les « danseurs excentriques » de ma lignée semblent m'avoir soufflé, de loin, un certain goût de la liberté et du jeu… Bien avant moi, mes ancêtres faisaient du geste, du corps et de la pantomime leur terrain d'expression. Le fil a sauté trois générations avant de refaire surface — autrement, mais étrangement familier.
L'Expression Sensitive et la Transe Cognitive auto-induite
L'Expression Sensitive a été une rencontre fondatrice : elle a donné une cohérence à des chemins que je pensais jusque-là séparés. Bien au-delà de la danse libre, elle envisage le corps comme un langage et met en relation mouvement, voix, sensations, émotions, imaginaire, symbolique et création. Elle m'a ouvert à une lecture plus vaste de l'humain : comment nos histoires, nos relations et nos cultures façonnent nos manières de sentir, de bouger et de nous exprimer — et comment le collectif peut devenir un espace de résonance.
La Transe Cognitive Auto-Induite de Corine Sombrun a ensuite donné un autre éclairage à quelque chose que la danse et la fête m'avaient fait rencontrer bien plus tôt : notre capacité à entrer, sans substance, dans des états de conscience où le mouvement, les perceptions et la créativité se transforment. Une autre façon d'explorer les ressources du corps, entre lâcher-prise et conscience.
Ces approches nourrissent aujourd'hui ma manière de faciliter : ne pas appliquer une méthode sur quelqu'un, mais créer les conditions d'une exploration dont chacun reste l'auteur. Ma recherche continue du côté du corps sensible, des pratiques somatiques, du système nerveux, des neurosciences et des fascias : autant de regards qui éclairent ce que le corps nous donne à sentir et à comprendre.
C'est de ce croisement qu'est née ma pratique : une approche qui dépasse largement le mouvement pour articuler corps, psychisme, états de conscience, expression artistique, symbolique et dimensions philosophiques et culturelles de l'être humain.
Une danse libre, oui — mais traversée par une recherche plus vaste sur nos manières de ressentir, de percevoir, de nous exprimer, de nous relier et d'habiter le monde.
Je ne détiens pas de réponses, je propose des espaces d'exploration, de déconditionnement, de kiff et de liberté.